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Wikipédia : La liberté 2.0 est une illusion – Il n’est jamais trop tard…

Wikipédia : La liberté 2.0 est une illusion – Il n’est jamais trop tard…

« Jérusalem est la capitale de la Palestine» : Un petit détail, non ?

L’avènement du Web 2.0 a déclenché une transformation profonde dans la création et le partage de contenu. Ce pouvoir de produire de l’information, autrefois concentré entre les mains d’experts et d’institutions, a progressivement été ouvert aux utilisateurs eux-mêmes. Wikipédia, lancée en 2001 par Jimmy Wales et Larry Sanger, incarne parfaitement cette révolution: elle est devenue une encyclopédie collaborative, où chaque internaute peut contribuer à la diffusion des savoirs. Bien plus qu’un simple site d’information, Wikipédia représente une nouvelle ère, où les connaissances individuelles se rassemblent pour former un bien commun.

Wikipédia et l’Intelligence Collective :

Pour comprendre l’impact de Wikipédia, il faut saisir la portée du Web 2.0. Ce terme, popularisé par Tim O’Reilly lors d’une conférence en 2004, marque le passage d’un web passif, où l’on consommait du contenu, à un web interactif et collaboratif, où chacun peut créer, modifier et partager. Les réseaux sociaux, les blogs et, bien sûr, Wikipédia sont devenus emblématiques de cet internet participatif. Leur succès repose sur l’engagement de leurs communautés, et Wikipédia en est l’exemple par excellence : Une référence mondiale de connaissance partagée, illustrant comment les contributions individuelles peuvent former une base de données universelle.

Avec son modèle de wiki qui permet aux utilisateurs de modifier facilement le contenu, Wikipédia incarne la philosophie du Web 2.0. Contrairement aux encyclopédies classiques, elle repose sur la participation volontaire de millions de personnes. Chacun peut corriger ou enrichir les articles, créant ainsi une encyclopédie vivante, en constante évolution, qui reflète les perspectives d’un vaste éventail de contributeurs.

Wikipédia est bien plus qu’une encyclopédie en ligne ; C’est un espace de collaboration. Chaque modification est transparente et enregistrée, permettant un contrôle communautaire de l’information. Cette transparence est la clé de la fiabilité de Wikipédia, malgré l’absence d’une autorité centralisée. Tim O’Reilly a d’ailleurs qualifié cette dynamique d’intelligence collective, où le succès de Wikipédia réside dans la synergie des contributions individuelles.

Pierre Lévy, philosophe franco-tunisien, décrit l’intelligence collective comme une mobilisation des savoirs individuels pour créer des connaissances nouvelles. Wikipédia incarne parfaitement cette idée, où les contributions individuelles se fondent en un savoir collectif accessible à tous. La plateforme maintient un modèle hiérarchique léger, avec des modérateurs bénévoles qui veillent à la qualité des informations. Les articles sont donc le résultat d’un équilibre entre contributions libres et vérifications collaboratives, une forme de démocratie numérique fondée sur la confiance et le respect des règles.

Une Liberté totale ou une Censure Cachée ?

L’encyclopédie 2.0 repose également sur une structure hiérarchique minimaliste, où chaque contributeur peut enrichir le contenu, mais où des modérateurs bénévoles assurent la vérification et le contrôle de la qualité des informations. Les articles de Wikipédia sont ainsi le fruit d’un équilibre complexe entre contributions libres et processus de vérification collaborative.

En effet, Wikipédia symbolise la liberté de contribution, mais cette liberté est encadrée par des règles strictes pour garantir la crédibilité de l’information. Les modérateurs, appelés « wikipédiens », veillent à ce que les articles soient neutres et éliminent les contenus jugés non vérifiables. Parfois perçue comme une forme de censure, cette vigilance soulève des questions sur la véritable liberté des contributeurs. Sur des sujets sensibles, certains articles sont même protégés contre les modifications, ce qui interroge sur l’autonomie des utilisateurs.

A titre d’exemple : Malgré que la désignation de Jérusalem (القدس, Al-Quds) comme capitale par l’État d’Israël depuis 1980, est  largement contesté par la majorité de la communauté internationale (à l’exception des États-Unis et de quelques autres pays). Pourtant, sur Wikipédia, on retrouve actuellement que Jérusalem est mentionnée comme capitale d’Israël et présentée comme la plus grande ville de ce « pays », malgré les nombreuses controverses et débats internationaux autour de cette question.

Ce n’est pas étonnant, car le 6 décembre 2017, le président Donald Trump, lors de son premier mandat, a annoncé la reconnaissance officielle de Jérusalem comme capitale d’Israël et son intention de déplacer l’ambassade américaine dans la ville. Et pour ceux qui ont la mémoire courte, l’inauguration de la nouvelle ambassade  a eu lieu effectivement le 14 mai 2018, marquant un tournant majeur dans la diplomatie américaine au Moyen-Orient.

Et ce n’est pas si loin dans le temps : Quelques semaines après le 7 octobre 2023, lorsque Israël a commencé à bombarder Gaza avec des milliers de tonnes de bombes, une petite modeste entrée a fait son apparition sur Wikipédia, qualifiant ces destructions d’« Accusations de génocide ». Au début, la page ne reposait que sur cinq sources d’information, un nombre que des opposants sionistes et certains wikipédiens ont rapidement dénoncé comme « biaisé ». Comme si tuer des centaines de familles, brûler des enfants et écraser des foyers sous des tonnes de débris ne justifiait pas, finalement, d’évoquer un génocide !

Cependant, dans l’esprit de l’intelligence collective 2.0, cette collaboration si propre à Wikipédia, les contributeurs se sont empressés d’ajouter des éléments, y compris des déclarations de politiciens israéliens soutenant des mesures extrêmement violentes, perçues comme des appels au génocide des Palestiniens à Gaza. Ainsi, des citations comme celle du ministre du Patrimoine, Amichai Eliyahu, qui avait proposé qu’une « bombe nucléaire devrait être larguée sur Gaza », ou celle d’un autre ministre, Yitzhak Kroizer, appelant à « raser totalement Gaza », ont alimenté la page d’accusations. Quant à Avi Dichter, ministre de l’Agriculture et membre du cabinet de sécurité, il avait même réclamé une seconde «Nakba» à Gaza, référence directe à l’exode forcé des Palestiniens de 1948, marqué par le déplacement massif de la population palestinienne, environ 700 000 Palestiniens ayant été chassés de leurs terres, fuyant ou étant expulsés lors des massacres israéliens.

En conséquence, Wikipédia (les contributeurs) a présenté ces déclarations comme des éléments corroborant des accusations de génocide, soulignant qu’elles ont été suivies d’actes concrets de nature génocidaire, soutenus par des milliers de photos et de vidéos, montrant l’ampleur des destructions, des souffrances infligées, ainsi que des massacres filmés en direct, exposant de manière brutale la réalité de la violence systématique contre les civils, notamment des femmes et des enfants tués en masse.

Et c’est finalement le 4 novembre 2024 que Wikipédia a officiellement ajouté l’article intitulé « Génocide à Gaza » (Gaza Genocide) à sa page « Liste des génocides », mettant ainsi fin à plusieurs mois de désaccords parmi les éditeurs du site concernant son inclusion. (https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Gaza_genocide )

L’article soulève plusieurs actions, telles que la destruction d’infrastructures vitales — hôpitaux, écoles, universités, mosquées, terres agricoles, équipements de pêche et patrimoine culturel palestinien — menées lors des opérations militaires israéliennes, qui, selon certains experts, pourraient conduire à la destruction d’un groupe, une caractéristique clé du génocide. Ces destructions, combinées aux déclarations de responsables israéliens parlant d’un « siège complet » de Gaza, privant ainsi la population des ressources essentielles comme l’électricité, l’eau et la nourriture, sont perçues comme des tentatives de priver un groupe de ses moyens de survie, un acte de génocide clair.

Des gouvernements, des agences des Nations Unies et des ONG ont accusé Israël de génocide contre les Palestiniens dans le cadre de l’invasion et des bombardements de Gaza depuis octobre 2023. Selon un rapport des Nations Unies, les actions israéliennes, marquées par des violations graves et l’utilisation d’armements puissants, suggèrent une intention de détruire le peuple palestinien, ce qui correspond à la définition juridique du génocide.

L’article mentionne des actes de destruction ciblée et des appels visant à rendre Gaza inhabitable pour les Palestiniens. La Cour internationale de justice a également jugé plausible l’accusation de génocide contre Israël, ordonnant des mesures conservatoires pour prévenir tout acte génocidaire et fournir une aide humanitaire urgente.

 

(suite Magazine Managers)

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